Tapis de Kachan
Le Kachan est le tapis persan le plus répandu dans les intérieurs belges. Son dessin est si codifié qu'on peut le décrire sans l'avoir sous les yeux. C'est aussi ce qui rend son estimation contre-intuitive.

Une ville de soie devenue une ville de laine
Kachan se trouve au centre de l'Iran, sur la bordure occidentale du grand désert, à mi-chemin entre Téhéran et Ispahan. Sous les Safavides, aux XVIe et XVIIe siècles, elle était réputée pour ses étoffes et ses tapis de soie. Puis l'activité s'éteint, et la ville cesse pendant près de deux siècles d'être un centre de tissage.
La production renaît à la fin du XIXe siècle, et cette renaissance repose sur la laine et non sur la soie. Les pièces de cette période sont tissées avec une laine importée d'Europe, très fine et très douce — ce que le marché appelle les Kachan Manchester. Velours soyeux, fond bleu indigo ou rouge garance profond, dessin dépouillé et sûr : elles sont peu nombreuses et se reconnaissent au toucher. Le gros de ce qui circule date en réalité des années 1930 à 1980, période pendant laquelle Kachan a tissé pour l'exportation en très grande quantité.
Cette abondance est le fait central pour qui veut vendre. Un Kachan de salon des années 1970 en bon état se trouve dans beaucoup de maisons, et l'offre pèse plus lourd, dans ce qu'on peut en tirer, que la qualité intrinsèque du tapis. Un Kachan de la fin du XIXe relève d'un autre marché. Les deux portent le même nom et le même dessin.
Le dessin qu'on peut décrire les yeux fermés
Le Kachan classique tient en quelques éléments toujours identiques. Un médaillon central en losange allongé, prolongé en haut et en bas par deux pendentifs effilés. Quatre écoinçons qui reprennent le dessin du médaillon dans les angles. Un champ semé de rinceaux fins, de palmettes et de fleurs, jamais géométrique. Une bordure principale large, à palmettes reliées par une tige ondulante, encadrée de deux ou trois bordures étroites.
La palette est tout aussi stable : rouge garance dominant ou bleu indigo profond, ivoire pour le dessin et les écoinçons, quelques bleus clairs, très peu de vert. Il existe des Kachan à fond ivoire, plus recherchés, et des Kachan de prière à mihrab. Ce sont des variantes d'un même vocabulaire, pas des styles distincts.
La mise en garde tient dans cette régularité même : le dessin de Kachan est le plus copié d'Orient. Les productions indiennes, pakistanaises, chinoises et roumaines le reprennent trait pour trait, et un particulier qui identifie son tapis sur le dessin seul se trompe souvent.
Sous les doigts et au revers
Kachan noue au nœud persan, dit senneh ou asymétrique : le fil enserre un seul fil de chaîne et contourne l'autre. Ce nœud convient aux courbes et aux dessins floraux, ce qui explique le répertoire. La chaîne et la trame sont en coton, et les deux trames introduites entre chaque rang de nœuds sont inégalement tendues, ce qui enfonce légèrement une chaîne sur deux. Le revers montre alors des rangs un peu écrasés plutôt que des losanges bien ouverts.
La densité usuelle se situe entre 200 000 et 500 000 nœuds au mètre carré, avec des pièces fines au-delà. Le velours est en laine, souvent kork, coupé assez ras — de l'ordre de cinq à huit millimètres. Un Kachan bien laineux a un toucher gras et un lustre qui change avec l'angle du regard : c'est le premier tri, et il se fait à la main avant de compter quoi que ce soit.
Face à une copie du même dessin, quatre points suffisent le plus souvent. Le coton de fondation d'un Kachan est mat, celui des copies indiennes fréquemment mercerisé et brillant. La laine des copies est plus molle, plus blanche à la base, et le tapis entier est plus souple entre les mains. Les couleurs des Indo-Kachan tirent volontiers vers le rose saumon et le beige rosé, qui n'appartiennent pas au répertoire persan. Enfin, un lavage chimique laisse une surface uniformément adoucie, sans les nuances de bain qu'un tapis persan conserve toujours.

Pourquoi deux Kachan de même taille ne valent pas la même chose
L'écart tient à quatre choses, dans cet ordre. L'âge et la laine : un velours de la fin du XIXe siècle n'a pas la main d'une laine des années 1970, et cela se sent avant de se démontrer. La densité, qui se compte au revers et pas au toucher. L'état, c'est-à-dire la hauteur de velours mesurée à la base du poil, l'intégrité des lisières et des franges, et la présence de reprises anciennes plus ou moins bien faites. Le format enfin, un grand tapis resté droit étant plus rare qu'une carpette de même qualité.
Ce qui pèse peu, en revanche : le certificat remis par un magasin, l'étiquette cousue au revers, le prix d'achat d'origine et la réputation du dessin. Nous regardons le tapis, pas ses papiers. La marche à suivre est décrite sur la page estimation gratuite.
Ce que l'atelier surveille sur un Kachan
Le rouge de garance est le point sensible au lavage. Sur un fond rouge à dessin ivoire, un dégorgement se voit à la seconde et devient très difficile à reprendre, parce que le pigment migre dans les fibres claires voisines et s'y installe. Le test de solidité des couleurs se conduit donc plus longuement sur un Kachan ancien que sur un tapis à fond sombre, et l'on fixe avant de mettre à l'eau. Le lavage lui-même reste celui de toute laine : savon neutre, sous 30 °C, rinçage jusqu'à neutralité, séchage à plat.
Le velours ras est l'autre point d'attention. Il s'use plus vite dans les zones de passage et atteint la fondation plus tôt qu'un tapis à poil haut. Un Kachan dont le champ laisse voir le coton de la trame ne se rattrape pas par un simple relainage : il faut d'abord un retissage de la trame, puis renouer par-dessus à la densité d'origine.
Les franges et les lisières cèdent souvent avant le champ, parce que le tapis se déplace par les bords et se coince sous les portes et les pieds de meubles. Une frange reprise à temps se reconstitue proprement. Une frange qui a déjà mangé deux centimètres de nœuds oblige à renouer la rive avant de refaire la frange : ce n'est pas plus difficile, c'est plus long, et cela se dit avant.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Comment distinguer un vrai Kachan d'une copie indienne ?
Le nœud d'abord : persan asymétrique dans les deux cas, ce n'est donc pas là que ça se joue. Regardez la fondation. Un coton mat et un peu rêche indique la Perse ; un coton brillant, lisse, mercerisé, oriente vers l'Inde. Ensuite la laine : nerveuse et grasse d'un côté, molle et blanche de l'autre. Enfin la palette : le rose saumon et le beige rosé sont des couleurs de copie.
Mon tapis vient d'un magasin bruxellois, avec un certificat. Est-ce que ça compte ?
Le certificat d'un détaillant n'est pas une expertise : il reprend ce que le magasin a déclaré au moment de la vente, sans vérification indépendante. Il sert à dater l'achat, ce qui est parfois utile. Il ne fixe ni l'origine, ni la densité, ni la valeur d'aujourd'hui.
Le rouge a dégorgé sur l'ivoire après un nettoyage, est-ce rattrapable ?
Parfois, jamais garanti. Un dégorgement récent, encore en surface, peut se réduire par des bains successifs à froid. Un dégorgement ancien, sec et fixé dans la fibre claire, ne s'enlève pas : la seule voie reste une reprise des couleurs localisée, qui atténue sans effacer. Nous disons lequel des deux cas nous avons devant nous après le test, pas avant.
Il a une tache ancienne, est-ce rédhibitoire pour le rachat ?
Non, sauf si la fibre elle-même est atteinte. Les taches organiques anciennes partent souvent. Une brûlure, une décoloration à l'eau de Javel ou une urine animale ayant attaqué la laine laissent un dommage permanent, qui se chiffre dans l'estimation au lieu de l'interdire. Un tapis taché se rachète.
Un Kachan supporte-t-il un chauffage au sol ?
Oui, à condition que la température de surface reste modérée et stable. Le risque n'est pas la chaleur en elle-même mais l'assèchement : une laine qui perd son humidité résiduelle devient cassante, et une fondation de coton trop sèche travaille. Un sous-tapis respirant et une hygrométrie correcte dans la pièce suffisent le plus souvent.
Faut-il tourner son tapis régulièrement ?
Oui, et sur un Kachan cela compte plus qu'ailleurs à cause du velours ras. Une demi-rotation une à deux fois par an répartit l'usure et l'exposition à la lumière. Un tapis jamais retourné s'use en couloir d'un côté et garde sa couleur d'origine de l'autre, ce qui se voit ensuite pour toujours.
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