Tapis de Qom
Qom ne tissait pas de tapis il y a un siècle. La ville est devenue en deux générations le centre persan de la soie. C'est aussi l'origine dont on trouve le plus de copies en viscose.

Un centre né au XXe siècle
Qom est une ville sainte du centre de l'Iran, à environ cent trente kilomètres au sud de Téhéran. Elle n'a pas de tradition ancienne de nouage. Les ateliers s'y installent vers les années 1930, avec des tisserands venus d'autres régions et des dessins empruntés à tous les répertoires persans. La conséquence est directe et elle vaut d'être posée d'emblée : il n'existe pas de Qom ancien. Un tapis présenté comme un Qom du XIXe siècle est une erreur d'attribution ou une tromperie.
En une génération, la ville devient le centre de la soie iranienne. Aujourd'hui, l'essentiel de sa production est en soie intégrale. Il existe des Qom en laine kork, souvent très fins eux aussi, mais on les rencontre moins souvent en Belgique. Beaucoup de Qom ne sont d'ailleurs pas conçus pour le sol : les petits formats destinés au mur, entre 80 × 120 et 150 × 200 centimètres, représentent une part importante de la production.
La soie : ce qu'elle est, ce qu'elle n'est pas
Le nœud est persan, asymétrique. La densité est très haute, couramment de 400 000 à 1 000 000 de nœuds au mètre carré, la soie tournant souvent autour de 600 000 à 800 000. Sur un tapis tout soie, la chaîne et la trame sont elles aussi en soie ; sur un Qom de laine, la fondation est en coton. Le velours est extrêmement ras, de l'ordre de deux à quatre millimètres.
Distinguer la soie véritable de son imitation est la question la plus utile à se poser, parce que l'écart de valeur est considérable. La soie change de ton selon l'angle : un même tapis paraît clair vu d'un bout, sombre vu de l'autre. Elle est fraîche au premier contact puis se réchauffe sous la main. Elle est légère pour son volume. La viscose, vendue sous les noms de soie d'art, soie de bambou ou art silk, brille plus fort et de façon plus uniforme, reste froide, alourdit nettement le tapis, s'écrase et blanchit le long des plis.
Le test qui ne détruit rien est celui du fil mouillé, à condition d'utiliser un fil déjà détaché et non de tirer sur une frange intacte : la viscose mouillée perd presque toute sa résistance, la soie non. Le test à la flamme distingue lui aussi la soie de la viscose, mais il suppose d'arracher un fil au tapis : nous ne le pratiquons pas sur la pièce d'un client. Notons enfin qu'un coton mercerisé brille aussi : un tapis dit de soie, très lourd et très brillant, de fabrication indienne ou chinoise, est presque toujours en viscose ou en coton mercerisé.
Un répertoire emprunté
Qom n'a pas inventé de dessin propre, et ne s'en cache pas. On y trouve le jardin compartimenté en carreaux, dit khesti, les rangées de boteh, les mihrab de prière, les scènes de chasse, les vases et roses, les palmettes Shah Abbas. La palette est claire et contrastée : ivoire, bleu ciel, rose, or, avec des dégradés très travaillés que la densité rend possibles.
Deux marqueurs sont utiles pour dater. Les fils métalliques dorés, fréquents dans le champ ou les bordures, appartiennent à la production récente et indiquent l'époque plus que la qualité. Les signatures en cartouche sont courantes, et comme partout ailleurs elles s'imitent.
Ce qui fait la valeur d'un Qom
La matière vient en premier : soie intégrale, velours de soie sur fondation de coton, ou laine kork, ce sont trois objets différents. Puis la densité, comptée au revers. Puis la finesse du dessin, qui se juge au nombre de nuances employées et à la netteté des contours. Puis l'état, et c'est ici que Qom se distingue des autres origines.
Sur un tapis de laine, un défaut d'état se répare souvent sans se voir. Sur un Qom de soie, le défaut est optique. Un velours écrasé sous un pied de meuble ne se relève pas toujours ; une auréole d'eau reste ; un lustre terni par un frottement ne se rend pas. L'état pèse donc plus lourd dans l'estimation d'un Qom que dans celle d'un Kachan de même surface. Le principe général est repris dans le guide estimer la valeur d'un tapis.

La soie en atelier : ce qui se fait, ce qui ne se fait pas
La soie n'a ni écailles ni lanoline. Elle ne feutre donc pas, ce qui écarte le risque majeur de la laine. En échange, elle est sensible à l'alcalinité, à la chaleur, aux ultraviolets et au frottement. Au-delà de pH 8, la fibre se dépolit et se fragilise. Un brossage, même doux, casse le lustre en surface : c'est une perte définitive et immédiatement visible.
Le lavage se fait donc à froid, au savon neutre, en bain court, sans brossage, avec un essorage mesuré et un séchage à plat rapide et parfaitement uniforme. La difficulté principale n'est pas la saleté mais l'auréole : la soie marque à la limite d'une zone humide. On ne traite jamais une tache localement sur un Qom sans laver la surface entière — le protocole est détaillé sur la page tapis en soie.
Ce qui casse en premier : le velours écrasé sous les meubles, les franges de soie, et le brillant perdu par frottement ou par un aspirateur à brosse rotative. Ce qui se restaure : une frange de soie se reconstitue en soie, une lacune se renoue à la densité d'origine si l'on retrouve la teinte, un accroc se reprend. Ce qui ne se restaure pas : un lustre brûlé par un produit alcalin ou par des années de soleil direct. Il n'existe aucun traitement pour rendre son brillant à une soie dépolie, et nous ne prétendons pas le contraire.
Un dernier point, pratique celui-là. Un Qom de soie n'est pas un tapis de passage. Une chambre, un mur, un dessus de meuble, une pièce peu fréquentée : c'est là qu'il tient. Dans un couloir ou une entrée bruxelloise, il s'use en deux hivers.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Comment savoir si mon tapis est en vraie soie ?
Trois vérifications sans risque. Regardez-le d'un bout puis de l'autre : la soie change franchement de ton, la viscose beaucoup moins. Posez la main dessus : la soie est fraîche puis se réchauffe, la viscose reste froide. Soulevez-le : un tapis de soie de format moyen est étonnamment léger, un tapis de viscose est lourd. En cas de doute, un fil mouillé tranche la question.
Mon Qom a une étiquette avec un numéro et un cachet, ça veut dire quoi ?
Le plus souvent, c'est une étiquette d'exportation ou de détaillant. Elle peut porter un numéro d'atelier, un format et une mention d'origine. Elle documente un circuit commercial, pas une qualité. Nous ne l'ignorons pas — elle aide parfois à situer une époque — mais l'estimation se fait sur le tapis.
Peut-on poser un tapis de soie au sol ?
Oui, dans une pièce peu fréquentée, sur un sous-tapis, et à l'écart du soleil direct. Pas dans un couloir, pas dans une entrée, pas sous une table de salle à manger. Le velours de soie s'écrase sous une charge ponctuelle et ne se relève pas toujours : quatre pieds de canapé laissent quatre marques permanentes.
Une tache ancienne empêche-t-elle le rachat ?
Non, elle modifie l'estimation. Sur soie, il faut distinguer la tache de la marque : une tache organique se traite souvent, une auréole d'eau et une zone dépolie ne se traitent pas. Nous regardons d'abord si la fibre a été dépolie, parce que c'est cela qui est définitif, pas la couleur du dépôt.
L'aspirateur abîme-t-il un tapis de soie ?
Une brosse rotative, oui, très vite : elle casse le lustre et arrache les pointes. Un suceur plat sans rotation, passé dans le sens du velours et à puissance réduite, ne pose pas de problème. Ne passez jamais l'aspirateur sur les franges d'un tapis de soie.
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