Tapis de Heriz
Le Heriz est le contraire d'un tapis fin, et c'est tout son intérêt. Laine dure des monts Sabalan, nœud turc, velours haut, grand format : il est construit pour qu'on marche dessus pendant un siècle.

Des villages au pied du Sabalan
Heriz n'est pas une ville d'ateliers mais un district de villages, à l'est de Tabriz, dans l'Azerbaïdjan iranien, au pied du mont Sabalan. Le tissage y est domestique : des métiers de village, un dessin transmis de mère en fille et de maître d'atelier à tisserand, pas de manufacture organisée à l'européenne.
La production commerciale démarre à la fin du XIXe siècle, en bonne partie pour le marché américain, qui réclamait de grands tapis solides pour de grandes pièces. Cette destination explique la morphologie du Heriz : on en trouve en 2,5 × 3,5 m, 3 × 4 m, 3,5 × 5 m bien plus facilement qu'en petit format. C'est le tapis de salle à manger par excellence, et l'un des rares qui existe couramment dans les dimensions d'une maison de maître bruxelloise.
Le nom recouvre plusieurs villages et plusieurs qualités. Gorevan désigne des pièces plus grossières, Mehravan et Ahar des qualités voisines, Bakhshaish les plus anciennes et les plus recherchées. Serapi n'est pas un village mais un terme de marché : il désigne les Heriz anciens, généralement d'avant 1900, plus fins et de palette plus douce. Ces mots figurent souvent sur les étiquettes de magasin sans grande rigueur.
Une laine et un nœud faits pour durer
Le nœud est turc, symétrique, comme à Tabriz. La chaîne et la trame sont en coton, épaisses, avec une double trame entre les rangs de nœuds : cela donne un tapis lourd, épais, dont le revers est un peu bombé et sonne plein quand on le frappe du plat de la main.
La densité est basse, en général entre 50 000 et 150 000 nœuds au mètre carré. Comparée à un Ispahan, la différence est d'un facteur cinq ou dix, et elle est parfaitement volontaire : le nombre de nœuds ne fait pas la valeur d'un Heriz. Le velours est haut, de l'ordre de huit à douze millimètres, ce qui constitue une réserve d'usure considérable.
Reste la laine, qui est le vrai sujet. Les troupeaux des pentes du Sabalan donnent une laine dure, nerveuse, riche en graisse. C'est ce qui explique la longévité de ces tapis : une laine grasse repousse la salissure aqueuse, plie sans casser et se recouche après le passage. Un Heriz ancien dont le velours a été poli par cent ans de pas prend un lustre que peu de tapis atteignent, et qu'aucun traitement ne reproduit.
Un dessin tracé à main levée
La composition se reconnaît de loin : un grand médaillon anguleux, en étoile ou en losange cranté, occupant une large part du champ ; des écoinçons massifs dans les quatre angles ; un champ empli de feuilles dentelées et de rinceaux géométrisés. Rien n'est arrondi. Tout est tracé à angles, conséquence directe du nœud symétrique et d'un tissage conduit sans carton complet.
La palette est dominée par la rouille et la brique, avec du bleu marine, de l'ivoire, des touches de vert bouteille et de saumon. Les Serapi anciens ont une gamme plus claire et plus douce : terre cuite pâle, bleu ciel, ivoire, souvent sur un champ moins chargé.
Le dessin est repris de mémoire, sans plan complet. Les deux moitiés d'un Heriz ne sont donc jamais rigoureusement identiques, et les bandes d'abrash — les variations de ton dues à des bains de teinture successifs — sont fréquentes. Ce ne sont pas des défauts. Ce sont même le meilleur argument contre une copie : les Indo-Heriz et les pièces roumaines ou chinoises du même dessin sont symétriques au millimètre, leur laine est molle et blanche à la base, et un lavage chimique leur donne cette teinte délavée uniforme qui ne ressemble à aucun vieillissement réel.

Ce qui fait la valeur d'un Heriz
L'âge et la laine passent avant tout le reste. Un Heriz d'avant 1900 en bon état est un objet de collection ; un Heriz des années 1970 est un très bon tapis d'usage, et l'écart entre les deux ne se rattrape par aucun critère technique. Viennent ensuite l'état du velours mesuré à la base du poil, la régularité de la forme, l'intégrité des lisières, la franchise des couleurs et l'absence de lavage chimique.
La forme mérite une mention particulière, parce qu'elle est propre aux grands formats. Un tapis de trois mètres sur quatre, tissé sur un métier de village pendant des mois, peut sortir en trapèze ou gondoler si la tension de chaîne a bougé. Cela se corrige partiellement au séchage sous tension, jamais complètement. Un grand Heriz resté droit, sans lacune et sans reprise grossière, est rare, parce que ces tapis ont passé leur vie au sol. C'est aussi ce qui les rend intéressants au rachat.
Solide ne veut pas dire sans entretien
Au lavage, un Heriz est plutôt confortable à traiter : la laine est grasse, le velours haut supporte un brossage franc dans le sens du poil, et la fondation de coton épaisse tolère bien l'eau. Deux réserves. Le poids d'abord : un grand Heriz gorgé d'eau devient très lourd et doit sécher à plat sur une surface rigide, jamais suspendu, sous peine de se déformer sous son propre poids. La couleur ensuite : les rouges de garance et certains bleus anciens peuvent parler au test de solidité, et un ivoire adjacent rend le moindre dégorgement visible.
Ce qui cède en premier, ce sont les lisières, sur toute la longueur, parce qu'un tapis de cette taille se déplace par le bord et se coince sous les meubles. Viennent ensuite les franges, puis le velours dans le couloir de passage naturel de la pièce. Les trois se reprennent, et il vaut mieux le faire tôt : une lisière rompue laisse la trame se dévider rang par rang. La page bordures et lisières décrit ce travail.
Ce qui ne se rattrape pas : un champ arasé jusqu'à la trame sur une grande surface. On retisse et on renoue une zone, on ne refait pas un tapis entier. Et un Heriz passé au lavage chimique a perdu une part de sa graisse de laine : il reste utilisable, mais le lustre et une part de sa résistance sont partis, et cela ne se rend pas.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Mon tapis n'est pas tout à fait symétrique, est-ce un défaut ?
Non, c'est la norme sur un Heriz. Le dessin est repris de mémoire, sans carton complet, et les deux moitiés diffèrent toujours un peu. De même, les bandes de ton légèrement différent — l'abrash — viennent de bains de teinture successifs et sont recherchées sur les pièces anciennes. Ce sont les copies industrielles qui sont parfaitement symétriques.
Serapi, Gorevan, Mehravan : ces mots changent-ils quelque chose ?
Oui, mais moins que ce que les étiquettes laissent croire. Gorevan désigne une qualité plus grossière, Serapi les Heriz anciens et plus fins. Ces termes sont employés très librement dans le commerce. Nous les regardons comme des indications, et nous jugeons la pièce sur la laine, la densité et l'état.
Comment savoir si c'est un vrai Heriz ou une copie indienne ?
Le nœud d'abord : symétrique sur un Heriz, le plus souvent asymétrique sur une copie indienne. La laine ensuite : dure et grasse contre molle et cotonneuse. Enfin la couleur : une copie lavée chimiquement a une teinte pâle et uniforme sur toute la surface, sans les variations de bain qu'on trouve toujours sur un tapis de village.
Mon grand Heriz gondole et ne se pose plus à plat, que faire ?
Cela vient d'une tension de chaîne irrégulière ou d'un séchage antérieur mal conduit. Un séchage à plat sous tension, en atelier, corrige souvent une bonne partie de la déformation. Une déformation ancienne et installée ne se corrige jamais entièrement ; nous disons ce que nous pensons pouvoir récupérer avant de commencer.
Il a une tache ancienne, est-ce rédhibitoire pour le rachat ?
Rarement. La laine du Sabalan est grasse et retient moins les salissures aqueuses que d'autres, et une tache organique ancienne part souvent au bain. Ce qui pèse davantage sur un Heriz, c'est l'usure du velours et l'état des lisières : sur un grand format, une rive rompue sur trois mètres coûte plus, en travail, qu'une tache.
Peut-on mettre un Heriz dans un couloir ou une entrée ?
Oui, c'est l'une des rares origines faites pour cela. Velours haut, laine dure et nœud symétrique en font un tapis de passage. Prévoyez un sous-tapis, aspirez régulièrement les deux faces, et faites-le tourner d'un demi-tour une fois par an pour répartir l'usure.
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