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Aubusson et Savonnerie

Ce ne sont pas des tapis d'orient. Aubusson et Savonnerie désignent deux techniques françaises : l'une tisse à plat comme une tapisserie, l'autre noue un velours. Les confondre conduit à les traiter de travers.

Tapis d'Aubusson tissé à plat comme une tapisserie, bouquet floral pastel

Deux manufactures françaises, deux techniques

Aubusson est une ville de la Creuse, avec Felletin à côté, où l'on tisse la tapisserie depuis le XVIe siècle et qui reçoit le statut de manufacture royale en 1665, sous Colbert. Les tapis d'Aubusson y sont produits à partir du XVIIIe siècle et en grand nombre tout au long du XIXe.

La Savonnerie est autre chose. C'est une manufacture fondée à Paris en 1627, sous Louis XIII, installée dans une ancienne fabrique de savon à Chaillot, d'où son nom. Elle produit des tapis à velours noué pour la couronne ; la grande commande est la série destinée à la Grande Galerie du Louvre sous Louis XIV. Elle est réunie aux Gobelins par ordonnance de 1825, les métiers y étant transférés l'année suivante.

Deux lieux, deux époques, deux techniques opposées. Un Aubusson n'a pas de velours ; une Savonnerie en a un. C'est la première chose à vérifier, et elle se vérifie avec la main.

L'Aubusson : une tapisserie que l'on pose au sol

Un tapis d'Aubusson est une tapisserie. Il se tisse sur métier de basse lisse, horizontal, avec des trames de laine tassées sur des chaînes de laine, de lin ou de coton, jusqu'à les recouvrir entièrement. Aucun nœud, aucun poil : la surface est plate et le tissu est le dessin. Le tisserand travaille d'après un carton peint placé sous la chaîne, et il travaille par l'envers.

La rencontre de deux couleurs le long d'une verticale pose exactement le même problème que sur un kilim : une fente. En tapisserie, ces relais sont cousus par l'arrière une fois la pièce descendue de métier. C'est le signe le plus fiable au dos d'un Aubusson : des rangées de fentes cousues, et les fils de changement de couleur laissés pendants.

La Savonnerie : un velours noué au point symétrique

Une Savonnerie se tisse sur métier de haute lisse, vertical, et se noue. Le point de Savonnerie est le nœud symétrique, celui-là même que l'on appelle nœud turc dans le tapis d'orient, fermé sur deux fils de chaîne. Les chaînes anciennes sont de lin ou de chanvre, le velours est de laine, tondu haut et d'une régularité parfaite.

La densité reste modérée au regard d'un tapis persan d'atelier, de l'ordre de 60 000 à 120 000 nœuds au mètre carré, et ce n'est pas le critère : une Savonnerie n'est pas jugée sur sa finesse mais sur son dessin, exécuté d'après le carton d'un dessinateur professionnel travaillant pour la cour, puis pour l'État.

Le répertoire des deux manufactures est européen et architectural : composition symétrique, rosace ou médaillon central, rinceaux d'acanthe, rubans, guirlandes de roses, cornes d'abondance, encadrements en trompe-l'œil. La palette du XVIIIe et du XIXe siècle est claire — crème, rose pâle, vert d'eau, jaune paille ; les grandes pièces du XVIIe siècle emploient au contraire des fonds sombres. Ni boteh, ni gul, ni géométrie tribale, ni motif répété à l'infini : rien de ce qui structure un tapis d'orient.

Reconnaître l'original de la reproduction

Il faut le dire sans détour : la majorité des tapis vendus aujourd'hui comme Aubusson sont des reproductions du XXe ou du XXIe siècle, tissées en Chine, en Inde ou en Roumanie, soit en tapisserie, soit en canevas au petit point. Ce n'est pas un reproche adressé à ces tapis, c'est une information.

  • Une reproduction au petit point se reconnaît immédiatement au dos : on y voit la grille du canevas et des points brodés, pas un tissage.
  • Une reproduction tissée montre une régularité mécanique, une couleur strictement uniforme d'un bord à l'autre, et une chaîne de coton moderne.
  • Une pièce ancienne porte une usure inégale, des variations de bain, des reprises anciennes, et des couleurs qui ont bougé différemment selon leur exposition.
  • Une doublure de jute ou de toile posée en usine, parfaitement rectangulaire et sans marque de couture ancienne, oriente vers une production récente.

Ce qui fait la valeur

Une Savonnerie du XVIIIe siècle ou un Aubusson documenté de l'Empire sont des objets de niveau musée, qui passent par les salles de vente spécialisées et non par un atelier de quartier. Les tapis d'Aubusson du XIXe siècle en bon état ont un marché décoratif réel et régulier. Les reproductions récentes ont une valeur décorative, qui suit leur qualité d'exécution.

Autant l'écrire clairement : notre rachat concerne les tapis d'orient noués main. Sur un Aubusson ou une Savonnerie, nous pouvons dire ce que nous voyons — la technique, l'état, ce qui a été restauré ; le marché de ces pièces se situe ailleurs et nous n'allons pas prétendre le contraire.

En atelier : ce que l'on peut faire, ce que l'on refuse

Sur un Aubusson, il n'y a pas de velours, donc pas de relainage. La restauration est un retissage à l'aiguille, trame par trame, et une reprise des relais qui se sont ouverts. Le tissu est mince et les trames sont fines : une fois ouvert, un trou s'agrandit vite. Sur une Savonnerie, au contraire, il y a du velours, donc le relainage est possible et une reprise bien menée peut devenir presque invisible quand la laine s'accorde.

Le problème le plus fréquent est la doublure. Beaucoup d'Aubusson ont reçu, à un moment, une toile de renfort au dos. Cousue, elle se retire avant tout lavage et se repose ensuite. Collée, c'est une autre affaire : la colle a pénétré les trames, la décoller emporte de la fibre, et la réponse honnête est parfois de ne pas y toucher.

La palette pâle est la partie fragile. Les verts, obtenus en superposant un jaune végétal à de l'indigo, virent au bleu quand le jaune s'efface : c'est le phénomène bien connu des feuillages bleus des vieilles tapisseries. Les roses de garance et de cochenille passent au beige. Ces décolorations sont des dégâts de lumière, pas de la salissure. Un lavage ne les rattrape pas, et il faut le dire avant, parce que beaucoup de propriétaires attendent d'un nettoyage qu'il rende une couleur qui n'existe plus. Une reprise des couleurs peut rattraper une zone localement décolorée ou une migration ; elle ne rattrape pas vingt ans de soleil sur un champ entier.

Deux autres points techniques. Les bruns mordancés au fer sont corrodés et cassants, sur tapisserie comme sur velours : ce sont les premières zones qui s'ouvrent. Et les chaînes de lin ou de chanvre d'une Savonnerie ancienne deviennent fragiles avec le temps : les extrémités lâchent d'abord, les derniers rangs de trame se libèrent, et c'est là que le travail commence.

Enfin, un tissu à trames couvrantes retient beaucoup d'eau et sèche lentement. Séchage à plat, ventilé, sous tension contrôlée, faute de quoi la différence de retrait entre chaîne et trame se fige en ondulations. Sur une pièce du XVIIIe siècle, ou sur une pièce dont les teintures sont instables, l'option honnête peut être un traitement à sec plutôt qu'un bain : nous le disons avant, et nous ne recoupons pas, ne redoublons pas au latex et ne repeignons pas une usure.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Un Aubusson est-il un tapis d'orient ?

Non. C'est une production française, tissée en Creuse, selon une technique de tapisserie européenne et d'après un carton peint. Il n'a ni nœud, ni velours, ni le vocabulaire décoratif des tapis d'orient. Le confondre avec un tapis persan conduit à lui appliquer des gestes d'entretien qui ne lui conviennent pas.

Comment savoir si le mien est un Aubusson ou une Savonnerie ?

Passez la main à plat. Une Savonnerie a un velours noué, un poil que l'on couche dans un sens. Un Aubusson est plat, lisse, sans poil : c'est un tissu. Le dos confirme : l'Aubusson montre des relais cousus et des fils de couleur pendants, la Savonnerie montre des rangs de nœuds.

Le mien est-il ancien ou une reproduction récente ?

Regardez le dos et l'usure. Une reproduction au petit point montre une grille de canevas brodée. Une reproduction tissée montre une régularité parfaite, une chaîne de coton moderne et une couleur identique partout. Une pièce ancienne a des variations de bain, une usure inégale et souvent des reprises antérieures. Une doublure d'usine parfaitement régulière est aussi un indice.

Les couleurs pâles reviendront-elles après un lavage ?

Un lavage retire le voile gris de la poussière et rend leur lisibilité aux nuances, ce qui donne souvent une impression de couleur retrouvée. Mais une couleur réellement passée à la lumière ne revient pas : le colorant n'est plus dans la fibre. C'est particulièrement net sur les verts devenus bleus et sur les roses devenus beiges. Nous le disons avant le lavage.

Une toile est collée au dos de mon tapis. Faut-il l'enlever ?

Si elle est cousue, oui : on la retire avant lavage et on la repose après. Si elle est collée, c'est à examiner de près. Une colle ancienne a pénétré les trames et son retrait emporte de la fibre. Il arrive que la meilleure décision soit de laisser la toile en place et de traiter la pièce autrement. Nous ne prenons pas ce genre de décision sans avoir vu le tapis.

Peut-on relainer un Aubusson ?

Non : il n'y a pas de velours à relainer. Ce que l'on fait sur un Aubusson est un retissage, trame par trame, plus la reprise des relais ouverts. Sur une Savonnerie, en revanche, le relainage est possible puisqu'il s'agit d'un tapis à velours noué, et une reprise bien accordée y devient très discrète.

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