Berbère et Beni Ouarain
Un Beni Ouarain n'est pas un tapis d'orient à poil long. C'est un objet du Moyen Atlas, noué très lâche dans une laine haute, sans bordure et sans médaillon, et il ne s'entretient pas comme un persan.

Le Moyen Atlas, et pas ailleurs
Les Beni Ouarain, ou Aït Ouaraïn, sont une confédération de tribus du nord-est du Moyen Atlas marocain, entre Fès et Taza. Leurs tapis étaient tissés à la maison, par les femmes, pour l'usage domestique : on dort dessus et on se couvre avec, dans un climat de montagne où l'hiver est froid. C'est cet usage qui explique la hauteur du velours. Un Beni Ouarain est une couverture autant qu'un tapis de sol.
Le mot berbère, employé seul, ne désigne rien de précis. Il recouvre des productions très différentes : Azilal du Haut Atlas et Boujad des plaines du Tadla, colorées et graphiques ; Beni M'Guild, plus sombres, souvent bruns et violacés ; Zanafi et hanbels tissés à plat, sans velours ; Taznakht dans le sud ; boucherouite enfin, tapis de chiffons faits de vêtements découpés, apparus dans la seconde moitié du XXe siècle. Quand on parle de tapis berbère en Belgique, il s'agit dans la grande majorité des cas d'un Beni Ouarain ou d'une pièce de ce type.
Sur l'âge, il faut être net. Ce qui circule sur le marché européen est massivement du XXe siècle. Les pièces réellement anciennes existent mais sont rares, et une large part de ce qui se vend comme vintage date des années 1960 à 1990. La vague commerciale actuelle remonte aux années 2000, avec une production tissée expressément pour l'export : nouée main, mais neuve.
Noué, mais très lâche
Contrairement à une idée répandue, un Beni Ouarain est bien un tapis noué. Il emploie le nœud symétrique, fermé sur deux chaînes de laine. Ce qui le distingue, c'est la manière : les rangs de nœuds sont espacés par plusieurs passées de trame, parfois quatre à huit, et le nœud lui-même est fermé sans serrage. D'où un velours haut, mobile, qui se couche et se relève, et une densité très faible, de l'ordre de dix mille à quarante mille nœuds au mètre carré. Un tapis persan d'atelier en compte dix à vingt fois plus.
La laine est locale, non teinte pour le fond, grasse et un peu rustique. Le velours mesure deux à six centimètres, parfois davantage. Le tapis est épais, lourd, et il retient une quantité d'eau considérable. La fondation est entièrement en laine, ce qui a des conséquences directes au lavage.
Les formats sont irréguliers : les bords ne sont pas droits, les angles ne sont pas à angle droit, la pièce n'est pas exactement rectangulaire. Ce n'est pas un défaut de fabrication. Il n'y a ni carton, ni cadre fixe, ni contrôle de dimension.
Le dessin : un fond ivoire et des losanges bruns
Le schéma classique est d'une simplicité qui explique son succès en décoration : un champ ivoire ou crème de laine non teinte, parcouru d'un réseau lâche de losanges tracés au brun foncé ou au noir, les lignes légèrement tremblées, jamais tirées à la règle. Le plus souvent, il n'y a aucune bordure : le dessin s'arrête au bord, ou il se poursuit et se coupe. Cette absence de bordure est le meilleur critère de distinction avec un tapis d'orient, qui en comporte presque toujours plusieurs.
Au dos, on lit des rangs de nœuds très espacés et beaucoup de trame visible. Une pièce industrielle imitant le genre, touffetée et enduite de latex au dos, n'a rien de commun avec cela : le dos y est une toile collée, sans rang de nœuds lisible.
La question de la valeur, dite franchement
Un Beni Ouarain est un objet décoratif. Il n'a pas de valeur de collection au sens où en ont un Kachan, un tapis caucasien de 1880 ou un turkmène ancien. Il n'existe pas d'échelle de qualité fondée sur la densité de nouage, pas d'expertise des colorants qui ferait monter une pièce, pas de cote suivie qui permettrait de dire à un propriétaire ce que son tapis vaudra dans dix ans.
Nous préférons le dire directement : notre rachat porte sur les tapis d'orient noués main, et nous ne promettons pas de valeur de reprise sur un berbère à haute laine. Ce que nous pouvons dire, en revanche, est précis : ce qu'un lavage fera et ne fera pas, ce qui menace la pièce, et comment la garder longtemps en bon état. C'est le seul terrain où nous ayons quelque chose d'utile à apporter sur ce type de tapis.
En atelier : l'eau, le feutrage, la mite
Le premier problème est mécanique. Une laine longue gorgée d'eau pèse plusieurs fois son poids sec. Un grand Beni Ouarain mouillé se déplace en soutenant toute sa surface, jamais tiré par un coin ni soulevé par un bord : avec un nouage aussi lâche, les nœuds cèdent et des touffes entières viennent.
Le deuxième est le feutrage, et c'est le risque principal. Laine longue, lâche et grasse, plus chaleur, plus alcalinité, plus agitation : c'est la définition même du feutrage. Une machine, une monobrosse rotative, une injection-extraction chaude, et le velours devient un tapis de feutre raide qui ne se rouvre plus. Il n'existe aucun traitement pour désenchevêtrer des écailles feutrées. D'où le lavage sous 30 °C, au savon neutre, à la main et dans le sens du poil, avec ouverture du velours pendant le séchage.
Le séchage prend nettement plus longtemps que sur un tapis à velours court, et il se fait à plat, ventilé, le poil soulevé et séparé. Un berbère séché plié ou suspendu garde la forme dans laquelle il a séché.
Le troisième point est le dégorgement des traits sombres sur l'ivoire. Sur les pièces anciennes, le brun vient d'une laine naturellement foncée, qui ne dégorge pas. Sur beaucoup de production récente, le noir est une laine teinte, et un noir qui coule sur un fond ivoire est définitif. C'est la première chose que nous testons, avant toute mise à l'eau.
Reste la mite. Une laine épaisse, non teinte, dans un velours haut qu'on aspire mal parce que l'aspirateur y accroche : c'est le milieu le plus favorable qui soit pour la mite des tapis. Les larves consomment la kératine à la base de la touffe ; le poil semble intact tant qu'on ne le tire pas, puis il vient par poignées. Un traitement anti-mites se discute dès le premier cocon trouvé, pas après.
Ce que l'on ne fait pas sur un berbère
Quelques refus utiles à connaître. On ne blanchit pas un fond ivoire jauni : les produits qui blanchissent la laine l'oxydent et la fragilisent, et le jaunissement dû à un produit alcalin ne se rattrape pas de toute façon. On ne tond pas un velours pour l'égaliser. On n'applique pas de sous-couche latex pour empêcher le tapis de glisser : elle se craquelle, jaunit, et rend tout lavage ultérieur impossible.
Et il faut savoir ce qu'une réparation donne : dans un nouage aussi lâche, un trou se comble en renouant de la laine haute, mais l'accord se voit presque toujours, parce que l'ivoire d'origine a viré vers le crème en vieillissant tandis que la laine neuve est blanche. On peut rabattre la nuance, on ne la fait pas coïncider. Nous le disons avant le devis, pas à la restitution. Pour le lavage courant, tout est détaillé sur la page nettoyage de tapis berbère.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Un Beni Ouarain a-t-il de la valeur à la revente ?
Une valeur décorative, qui suit la mode et l'état, pas une valeur de collection. Il n'existe pas de cote établie comme pour les tapis d'orient anciens. Notre rachat porte sur les tapis d'orient noués main et nous ne faisons pas de promesse de reprise sur un berbère à haute laine. Autant le savoir d'emblée plutôt que d'entendre un discours flatteur.
Peut-on blanchir le fond ivoire qui a jauni ?
Non, et il ne faut pas essayer. Les produits qui blanchissent la laine l'oxydent : la fibre perd sa résistance et le tapis se dégrade plus vite. De plus, un jaunissement provoqué par un produit alcalin, du type shampooing à moquette, est fixé dans la fibre. Un lavage neutre bien conduit ravive la teinte réelle de la laine ; il ne la rend pas plus blanche qu'elle n'est.
Mon berbère perd des touffes entières. Pourquoi ?
Deux causes possibles. Soit des larves de mites ont mangé la laine à la base du nœud, et le poil se détache alors que la surface paraissait saine ; soulevez le velours et cherchez des cocons ou une poussière sableuse. Soit le tapis a été tiré ou soulevé mouillé, et le nouage lâche a cédé. Dans les deux cas, il faut regarder le dos avant de conclure.
Peut-on passer un berbère en machine ou chez un nettoyeur à sec ?
La machine est exclue : tambour, chaleur et agitation réunissent exactement les conditions du feutrage, et le résultat est sans retour. Les nettoyages à sec par poudre ne font que déposer de la matière au fond d'un velours haut, où elle reste. Un velours de cette hauteur se lave à plat, à l'eau froide, à la main.
Comment reconnaître un vrai berbère d'une imitation à poil long ?
Retournez-le. Un tapis noué montre des rangs de nœuds lisibles, espacés, avec de la trame de laine visible entre eux, et pas de dos ajouté. Une imitation touffetée montre une toile enduite de latex, uniforme, souvent doublée : les touffes y sont piquées puis collées. Le bord aussi parle : le berbère a des lisières irrégulières, l'imitation a un ourlet régulier.
Les traits noirs peuvent-ils dégorger sur l'ivoire ?
Sur une pièce ancienne dont le brun vient d'une laine naturellement foncée, non. Sur beaucoup de production récente où le noir est une laine teinte, c'est un risque réel, et une migration de noir sur un fond ivoire ne se retire pas. C'est la première chose que nous testons au chiffon humide, avant de mettre la pièce à l'eau.
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