Trous, déchirures et zones usées
Un trou dans un tapis n'est pas une tache : il ne reste pas où il est. Chaque pas tire sur les fils libérés, la chaîne se dénoue rang par rang, et une perforation de la taille d'une pièce de monnaie devient une déchirure en une saison.

Trou, usure, déchirure : trois dégâts distincts
Le trou est une perte de matière traversante : velours, trame et chaîne ont disparu, on voit le sol à travers. L'usure est une perte de velours seul, la fondation restant en place — c'est ce que l'on trouve sous une table ou dans un couloir. La déchirure suit une ligne : la chaîne ou la trame a rompu, et le tapis s'ouvre comme une fermeture à glissière.
Le traitement diffère dans les trois cas, et le diagnostic se fait par l'envers. C'est de dos que l'on voit ce qui reste de fondation, donc ce qu'il faudra reconstruire avant de renouer quoi que ce soit.
L'usure non traversante mérite d'être signalée à part. Tant que la fondation est en place, la reprise consiste à regarnir le velours, pas à retisser : c'est l'intervention la moins lourde de cette page, et c'est celle que l'on repousse le plus longtemps, à tort.

Petit trou : stoppage et rentraiture
Sous quelques centimètres, et tant que la chaîne est présente de part et d'autre, l'opération se fait à l'aiguille. Le stoppage entrecroise des fils dans le vide pour recréer une trame locale. La rentraiture va plus loin : elle réinsère de vrais fils de chaîne et de trame, dans le prolongement exact de ceux du tapis, puis les ancre dans la matière saine.
Une rentraiture réussie ne se voit ni de face ni de dos. Le repère de qualité est là : au dos, la reprise doit présenter le même grain que le tissu voisin, sans surépaisseur ni raideur sous le doigt.
Trou traversant : retisser d'abord, renouer ensuite
Dès que la chaîne est coupée, il faut la remonter. On tend de nouveaux fils de chaîne sur la zone, on repasse les trames entre eux, et l'on obtient une fondation neuve à la densité de l'ancienne. Rien n'est encore visible : à ce stade, la réparation ressemble à un morceau de toile écrue au milieu du tapis.
Vient alors le renouage. Nœud par nœud, on rebâtit le velours sur cette fondation, au nœud d'origine — asymétrique senneh sur un persan, symétrique ghiordes sur un turc ou un caucasien —, en suivant le dessin relevé sur les zones intactes. On arase enfin le velours neuf à la hauteur exacte du velours voisin.
C'est le travail le plus long de l'atelier, et le plus payant : un tapis correctement renoué se manipule, se lave et se revend comme un tapis entier.

Déchirure : la mettre en sécurité tout de suite
Une déchirure fraîche se répare beaucoup mieux qu'une déchirure vieille de six mois, parce que les bords ne se sont pas encore effrangés. Si vous ne pouvez pas nous l'apporter tout de suite, roulez le tapis — ne le pliez pas — pour que la ligne de rupture cesse de travailler à chaque passage.
Ne collez rien. Les rubans adhésifs textiles et les colles thermofusibles laissent un résidu qui raidit la fondation, se voit après lavage et doit être retiré fibre par fibre avant toute vraie réparation. Une déchirure collée coûte plus cher qu'une déchirure laissée telle quelle.
Et mesurez. Photographiez le dégât avec une pièce de monnaie posée à côté : la taille change tout. Sous quelques centimètres, on travaille à l'aiguille, tapis à plat. Au-delà, la zone doit être montée sur cadre, et ce n'est plus le même chantier.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Combien de trous peut-on réparer sur un même tapis ?
Il n'y a pas de limite technique tant que la fondation tient entre les zones. Ce qui décide, c'est le rapport entre le temps de renouage cumulé et la valeur du tapis. Au-delà du tiers de cette valeur, nous le disons franchement et nous proposons une alternative.
La réparation se verra-t-elle ?
De face, une reprise bien menée disparaît dans le dessin une fois la laine assise. De dos, un œil averti la trouve toujours — et c'est normal : une restauration doit rester identifiable, c'est ce qui la distingue d'un trucage.
Faut-il un morceau du tapis d'origine ?
Non. Les laines sont teintes à la main pour approcher les tons voisins, patine comprise. Un prélèvement discret dans une zone cachée peut servir de référence de couleur, jamais de greffe.
Mon tapis a un trou de la taille d'une pièce sous le canapé.
C'est presque toujours une attaque de mites plutôt qu'une déchirure : l'obscurité et l'immobilité sous un meuble lourd sont les conditions de départ classiques. Regardez l'envers et les bords avant de conclure — s'il y a des granules de la couleur de la laine, c'est une mite.
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