Brûlures, roussi et trous de braise
Une brûlure de tapis n'est jamais un seul dégât. Ou bien la pointe du velours a roussi et durci sans que la fondation soit touchée, ou bien le feu est passé au travers et il n'y a plus de tapis à cet endroit. Les deux se réparent, mais pas du tout de la même façon.

Deux dégâts sous un même mot
Le premier s'appelle une marque de roussi : un fer à repasser posé une seconde de trop, une braise tombée de la cheminée, une projection de barbecue, une cigarette. La laine se consume mal — elle roussit plus qu'elle ne s'enflamme —, la pointe du velours noircit, durcit, et l'odeur reste. Sous la partie brûlée, la fondation est intacte.
Le second est un trou traversant. La chaleur a été assez forte ou assez longue pour détruire le velours, la trame et la chaîne. Le tapis est perforé : c'est un trou, et il se traite comme un trou.
Le tri se fait par l'envers, en une seconde. Si le dos est sain sous la marque, c'est du roussi. S'il est noirci ou percé, c'est un trou. Toute la suite du travail — et le devis — dépend de cette seule observation.

La marque de roussi : dégager, puis relainer
On ne blanchit pas une brûlure et on ne la frotte pas : la fibre carbonisée est cassante, et frotter ne fait que l'enfoncer et étaler le noir dans le velours voisin. On dégage. À la pointe des ciseaux, brin par brin, la partie carbonisée est retirée jusqu'à retrouver de la laine saine sur toute la hauteur restante.
Sur une brûlure très superficielle, ce dégagement suffit : le velours reprend sa couleur, avec un léger creux qui se comble en quelques semaines d'usage. Dès que le creux se remarque, on relaine — on regarnit à la laine teinte à la main, à la hauteur du velours voisin, en respectant le sens de couchage.
Reste le halo. Autour d'une brûlure, la chaleur jaunit la laine sur quelques millimètres sans la carboniser. Ce jaune part au lavage, pas au dégagement : c'est pour cela qu'on lave après avoir dégagé, jamais l'inverse.
Le trou traversant : retisser puis renouer
Quand la fondation est partie, il n'y a plus rien sur quoi nouer. On remonte donc les fils de chaîne sur la zone, on repasse les trames entre eux, et l'on reconstitue une fondation à la densité du tapis. Le renouage vient ensuite, au nœud d'origine, en suivant le dessin relevé autour du trou.
Les bords d'un trou de brûlure ont une particularité : la laine y est rigidifiée sur un ou deux millimètres, sans être franchement noire. Cette couronne durcie doit être retirée avant de retisser, sinon le raccord reste cassant et rouvre au premier lavage.
Un trou de braise a rarement une forme nette. Les bords partent en biseau, plus larges en surface qu'au dos, parce que la chaleur monte. Le retissage suit donc cette forme, et non un carré tracé autour du dégât : on retire le moins de matière saine possible.

Les réparations d'avant
Nous voyons régulièrement des brûlures traitées à la colle, ou bouchées par un morceau de tapis découpé ailleurs et collé par-dessous. Les deux se repèrent immédiatement au toucher : la zone est raide, le dos est plat, et le velours ne se couche pas dans le même sens que celui qui l'entoure.
La reprise consiste alors à retirer le collage, à nettoyer les résidus fibre par fibre, puis à refaire le travail correctement. C'est plus long qu'une brûlure fraîche, et c'est la raison pour laquelle il vaut mieux ne rien tenter soi-même.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Un trou de cigarette, est-ce grave ?
Rarement. Sur un tapis de laine, une cigarette roussit le plus souvent la pointe du velours sans traverser. Regardez l'envers : si le dos est intact, il s'agit d'un dégagement suivi d'un relainage, pas d'un retissage.
L'odeur de brûlé partira-t-elle ?
Oui. Elle tient à la kératine carbonisée : une fois la fibre brûlée retirée et le tapis lavé à la main, il n'y a plus de source d'odeur. Un tapis simplement aéré, lui, continue de sentir.
La réparation se verra-t-elle ?
Sur une marque de roussi, non, une fois le velours remis à hauteur. Sur un trou traversant, le raccord se fond dans le dessin vu de face ; de dos, il reste identifiable, comme toute restauration honnête.
Puis-je couper la partie brûlée moi-même ?
Non, ni aux ciseaux à ongles ni au couteau. Le risque est de sectionner des fils de chaîne sous la brûlure et de transformer une marque de surface en trou traversant — c'est-à-dire de multiplier le travail.
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