Reconnaître un tapis noué main
Un tapis noué main se reconnaît en deux minutes, sans matériel, à condition de savoir où regarder. L'envers, les franges et un simple pli suffisent presque toujours à trancher.
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Commencez par le retourner
L'envers d'un tapis dit ce que l'endroit cache. Sur un tapis noué main, le dessin apparaît au dos avec la même netteté qu'à la face : chaque nœud y forme un point de couleur, et vous retrouvez le médaillon, les écoinçons, la bordure, rangée par rangée. Rien n'est ajouté, rien n'est collé. Ce que vous voyez au dos est la structure même du tapis, et c'est pour cette raison qu'un professionnel regarde toujours l'envers en premier.
Sur un tapis tufté, le dos est une toile. Une toile écrue, souvent recouverte d'une doublure textile collée, et qui ne montre aucun dessin. Le velours n'y est pas noué : il a été piqué au pistolet à travers un canevas, puis bloqué par une couche de latex. Cette couche est ce qui vieillit le plus mal ; elle durcit, se craquelle, et le velours se déchausse par plaques. Un coin retourné suffit : une toile uniforme et une bande de tissu cousue tout autour, la question est réglée.
Sur un tissage mécanique — les métiers de type Wilton ou Axminster et leurs héritiers —, le dos montre bien un dessin, mais un dessin trop propre. Les lignes de trame sont parfaitement rectilignes, les motifs se répètent sans la moindre dérive, et l'on aperçoit souvent des fils de couleur qui courent en continu à l'envers, là où ils ne servent pas au dessin. Aucun tisserand ne travaille avec cette régularité.
Le dessin est net, les nœuds ne le sont pas
C'est le paradoxe du noué main. Regardez une bordure sur toute sa longueur : elle ondule légèrement. Un motif se décale d'un demi-nœud, une palmette est un peu plus large à un bout qu'à l'autre, la largeur du tapis varie d'un ou deux centimètres du haut vers le bas. Ce ne sont pas des défauts, ce sont des traces de main. Sur un métier, la tension des fils de chaîne change avec l'humidité de l'atelier et la fatigue de celui qui noue.
Regardez ensuite les rangées de nœuds au dos. Elles ne sont pas alignées au cordeau : leur épaisseur varie, elles montent parfois légèrement en biais, et sur les tapis de village ou nomades elles peuvent onduler franchement. Un tapis mécanique, lui, présente une grille au sens strict. Si tout est parfaitement régulier sur trois mètres, ce n'est pas de la vertu, c'est une machine.
Une variation de ton à l'intérieur d'une même couleur, en bandes horizontales qui traversent le champ, se rencontre fréquemment sur les tapis noués main : c'est l'abrash, dont il est question dans le guide d'estimation. Un tapis mécanique ne fait pas d'abrash.
Les franges : chaîne prolongée ou bande cousue
Sur un tapis noué main, les franges ne sont pas un ornement. Ce sont les fils de chaîne — les fils tendus sur le métier avant le tissage — qui ressortent aux deux extrémités une fois le travail terminé. Elles font donc partie de la structure, dans le prolongement direct du velours. Tirez doucement sur une frange : elle est solidaire du tapis, on sent qu'elle repart à l'intérieur, et l'on ne voit aucune couture à sa base.
Sur un tufté ou sur un mécanique, les franges sont le plus souvent une bande décorative, cousue ou collée sur le bord. Écartez le velours à l'endroit où elles s'attachent : vous verrez la couture, parfois un ruban de renfort, et la frange se sépare du tapis d'un coup net. Certaines pièces mécaniques imitent très bien la chaîne prolongée vue de face ; c'est encore l'envers qui tranche.

Un cas ambigu mérite d'être signalé. Sur un tapis ancien authentique, les franges ont pu être refaites, remplacées ou consolidées après usure : une frange rapportée n'est alors pas un indice de fabrication industrielle, c'est une réparation. On la reconnaît à ce que le corps du tapis, lui, reste noué, et à ce que le raccord se situe au ras du dernier rang de nœuds. C'est le travail décrit sur la page franges.
Le test du pli
Pliez le tapis sur lui-même, face contre face, et écartez le velours le long du pli, comme on écarte les cheveux pour voir la racine. Sur un noué main, la base du velours apparaît : de petites boucles de laine serrées autour des fils de chaîne, deux brins par nœud, et les fils de trame qui passent entre les rangées. Le fond est visible, et il est textile.
Le même geste sur un tufté montre tout autre chose : les brins plongent dans une toile et s'y arrêtent, maintenus par de la colle, sans point d'attache individuel. Sur un mécanique, on voit un tissage continu où le velours est pris dans la trame. Dans les deux cas, il n'y a pas de nœud à voir, parce qu'il n'y en a pas.
Ce test dit aussi une chose utile pour la suite : la hauteur de velours qui reste. Si la base des nœuds affleure dès que vous écartez, le tapis est usé jusqu'à la corde. Cela pèse plus lourd qu'on ne l'imagine, et cela ne se rattrape que par relainage, nœud par nœud.
Compter les nœuds au décimètre
La densité se mesure au dos, jamais à la face. Prenez une règle. Comptez, le long d'une ligne horizontale, le nombre de nœuds — donc de points de couleur — sur dix centimètres. Comptez ensuite le nombre de rangées sur dix centimètres à la verticale. Multipliez les deux : vous obtenez le nombre de nœuds au décimètre carré, puis multipliez par cent pour passer au mètre carré.
Un exemple. Trente nœuds sur dix centimètres en largeur et quarante rangées sur dix centimètres en hauteur donnent mille deux cents nœuds au décimètre carré, soit cent vingt mille au mètre carré. Comptez sur trois zones différentes, dont une près d'une bordure, et faites la moyenne : la densité n'est pas identique partout. Sur un dos encrassé, humidifiez à peine du bout du doigt, les points se détachent mieux.
Les ordres de grandeur, très largement : un tapis nomade à velours épais se compte souvent en dizaines de milliers de nœuds au mètre carré ; un tapis de village se situe fréquemment entre cinquante mille et deux cent cinquante mille ; un tapis d'atelier fin dépasse les quatre cent mille et peut aller bien au-delà, en particulier sur de la soie. Ces fourchettes se recoupent d'une région à l'autre. La densité seule ne classe rien, elle situe.
Ce que cet examen ne dit pas
Il ne dit pas l'origine : un tapis peut être noué à la main dans une douzaine de pays, et le dessin se copie d'une région à l'autre depuis un siècle. Il ne dit pas l'âge, puisqu'un tapis noué main peut avoir été fait l'an dernier. Il ne dit pas la matière avec certitude : une laine mercerisée ou une viscose brillante passent pour de la soie à l'œil nu, et les tests de combustion sur un fil arraché n'ont rien à faire sur un tapis que l'on veut garder.
Il ne dit pas non plus l'état de la fondation, qui se lit par transparence, en tenant le tapis devant une fenêtre : les zones où la trame a été mangée apparaissent en clair avant même que le velours ne cède. Autrement dit, ces six vérifications tranchent une question, et une seule : noué main ou non. C'est déjà la plus importante, parce qu'elle décide de la façon de nettoyer, de restaurer et d'estimer. Pour le reste, il faut voir le tapis. Les fiches d'origine donnent les repères région par région.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Un tapis noué main est-il forcément ancien ?
Non. Des tapis sont noués à la main aujourd'hui, en Iran, en Turquie, en Inde, au Pakistan, en Afghanistan, au Maroc. Le nouage manuel dit un mode de fabrication, pas une date. L'âge se lit ailleurs : à l'usure cohérente avec les zones de passage, à la souplesse du dos, à la patine des couleurs, et il ne se déduit jamais du seul aspect de la face.
Comment distinguer la soie d'une imitation ?
À l'œil, difficilement. La soie véritable change de ton selon l'angle et reste fraîche au toucher ; la viscose, vendue sous les noms de soie d'art, soie végétale ou soie de bambou, brille de façon plus uniforme et se comporte mal à l'humide, où elle grise et se casse. Le doute se lève à l'examen des fibres, pas sur une photo, et surtout pas en brûlant un fil arraché au tapis.
Mon tapis est identique des deux côtés, sans velours. Qu'est-ce que c'est ?
Probablement un kilim : un tissage à plat, sans nœuds, où le dessin est formé par les fils de trame eux-mêmes. Ce n'est ni un tapis noué ni un tapis mécanique, c'est une troisième famille, avec ses propres règles de lavage et de restauration. Les tests décrits ici ne s'y appliquent pas.
Une étiquette cousue au dos garantit-elle quelque chose ?
Peu de choses. Une étiquette se coud, se recopie et se transfère d'un tapis à l'autre. Elle vaut comme information, jamais comme preuve. La structure du tapis, elle, ne se falsifie pas : c'est pour cela qu'on la regarde en premier.
Faut-il compter les nœuds pour savoir si un tapis a de la valeur ?
C'est un critère parmi d'autres, et il est régulièrement surestimé. Un tapis nomade peu dense peut valoir davantage qu'un tapis d'atelier très fin mais récent et sans intérêt de dessin. La densité entre dans l'estimation avec la matière, les teintures, l'origine, l'âge et surtout l'état.
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